« Pour améliorer son orthographe, il faut s'entraîner ! »

Mélanie Geelkens
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On la surnomme « Madame participe passé. » Elle est devenue le symbole de l'orthographe irrépro-chable. Elle, c'est Liliane Balfroid, l'ancienne enseignante qui a donné son nom à la célèbre « Dictée du Balfroid ».

Un concours qui fête cette année ses 25 ans, régulièrement présenté par Corine Boulangier (voir photo ci-contre). Vingt-cinq années passées à défendre et à promouvoir la bonne et belle écriture. Mais cette septuagénaire n'est pas fatiguée. Tant qu'il y aura des fautes, elle continuera d'organiser sa dictée !

Sans me vanter, entre l'orthographe et moi, ça colle plutôt bien. Bien sûr, il nous arrive de nous disputer. Je ne la connais pas par cœur mais j'essaie de lui faire le moins d'infidélités possible. Pourtant, en rédigeant ces quelques lignes, mes doigts hésitent et mes yeux relisent frénétiquement chaque mot. Car coucher sur papier l'interview de la fondatrice du célèbre concours « La dictée du Balfroid » – et savoir qu'elle finira par lire cet article – a de quoi me rendre nerveuse.

D'autant qu'elle lance tout de go : « Il m'est devenu impossible de lire ! La moindre faute me saute au visage. On m'a récemment offert un beau livre. Je l'ouvre au hasard et je tombe sur une faute ! Les journaux ? N'en parlons pas ! Il y a au moins quinze fautes par page. Et cela vaut pour tous les titres… »

Liliane Balfroid a l'orthographe dans le sang. Et n'a jamais rien fait de spécial pour cela. « C'est un don ! » Ceci explique-t-il en partie cela ? Durant son enfance, elle dévorait des tas de livres. « Dans le patelin où je vivais, près de Saint-Hubert, il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire… » L'élève Balfroid réalisait toujours un sans-faute à chacune des dictées effectuées en classe. Lorsqu'elle devint institutrice en 1956, elle mit en place un rituel quotidien : « Chaque journée commençait par une dictée ! » Et elle ne pouvait jamais s'empêcher de corriger les erreurs que les autres professeurs écrivaient sur le tableau noir…

20.000 participants chaque année

Tant et si bien qu'en 1987, lors de la fête organisée pour fêter son départ à la pension, ses collègues lancèrent l'idée de créer un concours qui porterait son nom. Les premières éditions bruxelloises ne réunirent qu'une petite centaine de participants. Elle pensait que l'évènement ne ferait pas long feu. Mais désormais, plus de 20.000 élèves de sixième primaire y participent chaque année. Un succès dont elle ne s'explique toujours pas les raisons.

En vingt-cinq années d'existence, l'objectif de la dictée n'a pas changé : « promouvoir l'importance de l'orthographe. » Car c'est d'elle dont on a le plus besoin lorsqu'il s'agit de rédiger un curriculum vitae, répondre à un e-mail, passer un examen, écrire une lettre… Parce qu'elle déterminera souvent la première impression d'un l'interlocuteur amené à lire une missive. Parce qu'elle permet aussi de mieux déchiffrer un texte et donc de mieux le comprendre. « On me dit souvent que les ordinateurs permettent de ne plus faire de fautes. Mais les correcteurs orthographiques ne corrigent pas tout, tempête Liliane Balfroid. Par exemple, un jour, j'ai écrit « dalhia » au lieu de « dahlia ». Le programme informatique ne l'a pas repéré. »

Sus aux raccourcis des SMS !

Autant dire que celle que l'on surnomme « Madame participe passé » (chacune des dictées qu'elle rédige comporte toujours un « piège » de la sorte, « la bête noire des écoliers ») ne voit pas d'un très bon œil le langage « sms ». « Franchement, écrire « kwa » à la place de « quoi », cela permet de gagner combien de temps ? » Elle n'est pas davantage une fervente adepte de la nouvelle orthographe même si, à la demande du ministère de l'Enseignement, elle s'est résolue à intégrer quelques mots rectifiés selon ces règles. « Mais en ajoutant, entre parenthèses, l'ancienne orthographe, qui est également acceptée lors du concours. »

Cette observatrice attentive de la langue française remarque-t-elle – comme on l'entend souvent – un fléchissement du niveau des jeunes participants ? « Il faut dire que ceux qui participent à la dictée sont souvent les quatre meilleurs de leur classe. Même s'il arrive parfois que je corrige de très mauvaises copies… Mais je n'ai pas de vision globale du phénomène. » Liliane Balfroid reconnaît toutefois avoir progressivement descendu le niveau de son épreuve. Elle s'interroge aussi sur la formation de certains professeurs. « Le mot dictée a disparu de leur vocabulaire. Déjà en 1987, la situation se dégradait. La tendance aujourd'hui est de travailler à partir de textes librement rédigés par les enfants. Mais ce n'est selon moi pas une méthode idéale. Les objectifs pédagogiques sont désormais ciblés sur les contenus et les idées. Mais il ne faut pas en oublier l'orthographe. » Et de raconter une anecdote vécue il y a quelques années, lorsque son petit-fils est rentré de l'école avec une feuille imprimée par son institutrice. « Elle avait écrit : « une année comporte quatres saisons. » Quatre avec un « s » ! Je n'ai pas pu m'empêcher de lui faire gentiment la remarque. »

Son conseil aux professeurs de français : ne pas se contenter d'apprendre l'orthographe, mais surtout la comprendre. « Quitte à n'analyser qu'une seule phrase par jour. » Son conseil à ceux qui souhaiteraient bannir à jamais les fautes de leur écriture : travailler. « Pour certains, c'est inné. Pour d'autres pas le choix : il faut s'entraîner ! »

Osez la rencontre !